"La mobilité renforce selon moi la capacité d’adaptation et permet d’être confronté à une variété de situations, ce qui encore une fois est très formateur."
L’EN3S propose de partir à la rencontre d’anciens élèves de l’École, diplômés de la formation « Dirigeant d’un organisme de protection sociale ». Ils partagent leur parcours professionnel et leur expérience depuis leur passage à l’EN3S.
Les différentes expériences dans des contextes variés ont été très formatrices. Elles m’ont enrichie professionnellement et émotionnellement. Mettre en place des réformes importantes, faire évoluer des organisations et voir des collaborateurs s’épanouir dans leurs fonctions sont des missions gratifiantes.
À ma sortie de l’EN3S en 2005, j’ai contribué à la mise en place de la réforme de l’assurance maladie. J’ai participé à la création d’un nouveau métier : les délégués de l’assurance maladie (DAM). Aujourd’hui, cette branche est au cœur de l’actualité. Les équipes soutiennent les assurés et professionnels de santé pendant cette période de pandémie.
Actuellement, dans la branche Famille, nous refondons le modèle de versement des prestations sociales. Nous commençons par les allocations logement. Cette réforme aura un impact essentiel sur l’accès aux droits des bénéficiaires, avec une volonté de simplifier les démarches.
Bien sûr, il y a des moments stressants. Je me souviens d’une manifestation de 250 personnes refusant la sortie de gestion directe d’un centre social. Les médias n’ont pas toujours été neutres. Ce sont des moments où il faut rester fidèle à la stratégie posée.
Entrée à l’EN3S à un échelon relativement bas (niveau 6), je suis sortie en 2005 sur un poste de manager stratégique. Deux ans après, je passais dans la catégorie des agents de direction (sous-directrice en charge de la gestion du risque). J’ai ensuite été directrice adjointe en 2011, puis nommée directrice en 2017.
Ce parcours s’est réalisé dans 4 organismes et 3 branches différentes.
L’essentiel, c’est la confiance. Avec les partenaires, mais surtout avec les équipes. Cela suppose d’avoir posé les orientations et les « règles du jeu ». Ensuite, il faut laisser place à l’initiative.
En créant un environnement serein, les personnes se consacrent pleinement à leurs missions. Le rôle du directeur est de donner le tempo pour faire avancer les projets.
La mobilité renforce la capacité d’adaptation. Elle permet de rencontrer des situations variées et très formatrices. C’est intéressant aussi de transposer des pratiques d’une situation à une autre, en les adaptant au contexte.
Les différentes branches avancent à des rythmes différents selon les sujets. La numérisation des documents ou la relation de service en sont des exemples. Passer d’un organisme à un autre permet une forme de benchmarking inter-branches.
Selon son degré de mobilité fonctionnelle et géographique, cela « boost » une carrière. Passer de la production à la gestion des ressources humaines ou à la maîtrise des risques permet de mieux appréhender les processus de travail. On pratique aussi différentes formes de management : avec des équipes nombreuses ou avec quelques experts dans des services restreints.
Le passage par une mission ou une caisse nationale est intéressant pour connaître les processus de décision et comprendre la dimension « réseau ».
Je dirigeais depuis 4 ans un organisme plus petit. La tentation a été forte de rejoindre cette Caf réputée excellente. J’aurais pu continuer là où j’étais, mais l’idée de relever de nouveaux défis était séduisante.
Je passe d’un organisme centré sur un seul site à une gestion multi-sites. J’ai 3 fois plus de salariés et je prends fonction dans un contexte très particulier lié à la crise sanitaire. Je découvre un collectif de travail « chahuté ». Mon implication sera particulièrement forte pour adapter l’organisme au nouveau contexte.
L’explosion du télétravail et les réformes importantes à mettre en œuvre constituent les principaux enjeux : réforme du calcul des allocations logement, intermédiation financière entre parents séparés.
Il y a de beaux défis organisationnels et partenariaux à relever.
Cette diversité est réelle pour peu qu’on la cherche et qu’on la provoque. Cela nécessite de cultiver l’esprit d’ouverture et la mobilité géographique et fonctionnelle.
J’ai pu changer de branche en restant dans un même bâtiment où se trouvaient 2 caisses en union immobilière. Mais ce n’est pas toujours aussi simple. Il y a souvent des impacts sur la vie familiale.
J’ai aussi rejoint un organisme à la frontière de la Sécurité sociale : une caisse de retraite pour professions libérales à Paris. C’était très instructif, notamment avant les annonces gouvernementales sur la réforme des retraites. Le risque était mesuré, puisqu’il s’agissait d’un détachement. J’ai pu poursuivre mon parcours en branche Famille.
Dans ma fonction de directrice, je m’appuie sur toutes mes expériences antérieures : ressources humaines, gestion du risque en assurance maladie, gestion de projet, politiques sociales et familiales. Je peux avoir une posture stratégique et capitaliser sur mes échecs et réussites.
Certaines compétences clés servent dans différentes fonctions : l’écoute, la curiosité, le courage et l’engagement, la capacité à poser une orientation pour un collectif de travail.